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Un voyage à travers le temps

Un voyage à travers le temps

Voici le récit de mon voyage dans le Tennessee! Mais, ami lecteur, j'ai pas lésiné sur les descriptions. A lire si vous avez du temps devant vous!

Mardi Gras est un événement très important dans la culture Louisianaise et Créole. Des parades et des bals sont organisés, des défilés costumés et des fêtes fleurissent un peu partout et ce durant tout le mois de février. Pour l’occasion, la plupart des écoles du Sud de la Louisiane ferment deux ou trois jours à l’approche de la date fatidique. Et tout s’arrête à minuit le jour de Mardi Gras.

Ayant déjà vu de nombreuses parades sur la Nouvelle-Orléans et Lafayette, où nous habitions, nous avons donc décidé de partir et de visiter un peu du pays.

 

Destination : Memphis puis Nashville, les deux plus grandes villes du Tennessee, Nashville étant la capitale de l’Etat.

 

Nous voilà donc partie ! Comme il y a quand même 7h de route pour aller à Memphis, nous avons décidé de remonter vers le nord de la Louisiane en passant par Alexandria puis de prendre vers l’Est en direction de Natchez, Mississippi. Nous avons mis 3 heures pour y arriver. En remontant vers le nord de la Louisiane, on a vu le paysage changer. Des collines se sont formées peu à peu mais il y avait encore beaucoup de bayous et de marécages. On a doublé un pick-up miteux qui faisait certaines embardés ; au volant, il y avait un gamin d’à peine 12 ans qui conduisait son père ou son grand-père. Il dépassait juste du volant ! Vive l’Amérique profonde !

 

Après s’être acheté un sandwich nous avons trouvé un môtel au le bord de la route.

Forcément, ce n’était pas le Ritz et des petits cafards morts occupaient déjà les lieux et notamment la salle de bain. A première vue, à ce niveau là, le Mississippi est proche de la Louisiane, sauf qu’en Louisiane, ils sont nettement plus gros mais ce n’était peut-être que des bébés !

 

Nous sommes reparties le lendemain vers 8h, après un bon petit déjeuner à base de gaufres et de muffins, sans oublier de prendre une provision de petits pains pour la route. J’ai pris le volant, première fois que je conduisais une automatique et aux USA : double first time !!

 

En sortant de Natchez nous avons remonté verticalement tout le Nord-Ouest du Mississippi en longeant le fleuve du même nom. Et là, on se rend vraiment compte de l’immensité et de la diversité des USA. Le Sud du Mississippi semble être assez riche. Juste après Natchez, nous avons traversé la ville de Port Gibson : de très belles maisons, des beaux jardins, de la verdure…. Il faut dire que cette ville est tellement belle que le Général Grant qui dirigeait une des armées fédérées du Nord pendant la guerre de Sécession a refusé de la brûler « too pretty to burn ! » Enfin un militaire de cette époque qui avait un peu d’humanité !

On a donc vu de belles maisons du sud, comme dans « Autant en emporte le vent », enfin presque !

Puis au fur et à mesure que nous remontions vers le nord, les dégâts causés par les ouragans Gustav et Ike ont peu à peu laissé la place aux dégâts causé par les tornades. Le paysage vert et vallonné que l’on suivait depuis le Nord de la Louisiane a laissé peu à peu la place aux étendues toutes planes, dévastées par les tornades, désertiques ou peuplées de misère.

Beaucoup de champs, des champs immenses avec des tracteurs faisant deux fois la taille des tracteurs français ! En revanche, les habitations étaient pour la plupart en piteux état, beaucoup de tôles froissées, des bois recouverts de peintures écaillées, des voitures datant d’une autre époque aussi délabrées que les maisons.

 

Cela commençait à faire un petit moment que nous roulions, une pause café aurait été la bienvenue pour nous redonner du peps et surtout nous réchauffer. Si j’étais partie de Louisiane en petit pull manche courte, là, la polaire était de rigueur !

Seulement, croyez-le ou non, dans toutes les villes que nous avons traversées, nous n’avons pas vu un seul Starbuck coffee, ni même un Community coffee ! Que des McDO et autres fast foods. Vous n’êtes pas sans savoir que le café américain est tout ce qu’on veut… sauf bon ! Mais forcément quand on voyait la misère de ces villes, on ne pouvait pas s’attendre à trouver autant de commodités qu’à Lafayette ou à Natchez.

 

Ce n’est qu’en arrivant en périphérie de Memphis que nous avons pu trouver un bon café et un bon chocolat chaud ! La pluie commençait à tomber et l’air était de plus en plus froid et humide ! On a dégusté le reste de nos sandwichs de la veille (heureusement qu’on avait la glacière) et en avant pour Memphis !!

 

Je ne sais pas pourquoi mais la chanson d’Eddy Mitchell « sur la route de Memphis » me trottait dans la tête à ce moment la !! Curieux non ?!

 

Bref, je sais ce que vous pensez ; Memphis = Elvis ! Et bon ! Elvis, on connaît !! Et bien non !

Memphis = Musique, Blues, Rock, Soul

Memphis = Elvis of course mais aussi BB King, Jerry Lee Lewis, Bobby Blue Bland, et encore bien d’autres que j’ai découverts en arrivant aux USA et surtout, dans un autre registre Martin Luther King !!

Memphis = ségrégation, racisme, luttes pour les droits civiques, un lien commun sans doute : la musique …

Ce fut aussi un port à gros trafic !

 

Et oui, Memphis c’est tout ça ! Mais c’est aussi très moche ! Cette ville qui regroupe tant de richesses culturelles est en fait très pauvre. Il faut dire qu’elle a été le lieu de nombreux combats durant la guerre de sécession, ensuite lors de la lutte pour les droits de l’Homme…. La ville a été brûlée, détruite, rasée par endroit, reconstruite, …

Même encore maintenant, dans certains endroits du centre ville, des maisons sont en ruines ou totalement délabrées. Et je ne parle pas des voitures… ! Des épaves d’un autre âge, on se demandait comment elles pouvaient encore rouler !

 

Nous sommes arrivées par notre petite route du Mississippi, pas par l’autoroute comme j’avais planifié en préparant le trajet. Mais cela ne change pas grand chose au problème quand le seul plan qu’on a, est celui d’un livre qui n’avait pas que des données justes et surtout des cartes qui n’étaient pas à l’échelle !

Nous voulions trouver l’hôtel que nous avions repéré à côté de Graceland, la maison d’Elvis. Comme il pleuvait, une visite de la maison et des jardins n’était peut-être pas indiquée, nous avons opté pour le musée sur les Droits Civiques ; voyant qu’en plus nous ne trouvions pas la route pour Graceland et donc pour l’hôtel…

 

Ce musée a été construit à l’emplacement exact du motel où Martin Luther King a été assassiné, le Lorraine Motel. Nous avons pu voir la réplique exacte de la chambre où il était, du balcon sur lequel il s’est fait tirer dessus et de l’autre coté de la rue, la pièce d’où le meurtrier a tiré. Mais ce musée ne parle pas que de ça loin s’en faut. Il retrace toute la lutte contre le racisme et pour les droits civiques. Les femmes afro-américaines, esclaves, qui se sont battues pour leur liberté d’abord puis contre le racisme et la ségrégation. Il y en a même une qui s’est évadée en 1849 de la plantation où elle était esclave pour aller vers le Nord. Elle est revenue plusieurs fois dans la plantation pour faire évader ses sœurs, le reste de sa famille et de nombreux autres esclaves, elle a aussi aidé les armées fédérées (du Nord) lors de certaines attaques contre le Sud pendant la guerre de sécession. Elle fut la première femme à commander un raid militaire durant la guerre civile.

Mais il y a eu de nombreuses autres femmes qui ont lutté, comme Rosa Parks .

Ces femmes se sont battues non seulement contre le racisme mais aussi pour l’obtention de droits civiques pour les blacks et pour les femmes. Obtenir le droit de vote, obtenir de la considération, ne pas être traité comme du bétail, ne pas être parqué d’un côté de la rue ou du bus ; être accepté, être libre !

 

Nous avons ainsi appris que quand le droit de vote a été autorisé pour les blacks, certains Etats du Sud, dont la Louisiane, ont mis en place des lois pour contourner cette nouvelle obligation. Il fallait, en Louisiane, par exemple, que le grand-père et le père aient voté dans l’Etat pour avoir le droit de vote ! Incroyable non ?

A cette époque là, les villes du Sud appliquaient « la ségrégation ». Les Blacks d’un côté, les Blancs de l’autre. Des panneaux indiquaient les toilettes des Blacks et ceux des Blancs, les salles d’attente pour les Blacks, d’autres, pour les Blancs,… Martin Luther King s’est battu contre ça, il y a laissé la vie, comme beaucoup d’autres. On affirme que le Ku Klux Klan a été totalement démantelé dans les années 80 mais il est toujours actif, de même que la ségrégation. Une collègue de ma mère qui a épousé un Black lui a raconté que lorsqu’ils ont voulu rentrer dans un bar, on a refusé de servir son mari et on lui a fait signe de sortir car il n’était pas le bienvenu. Sans compter qu’il existe encore de nos jours des centres commerciaux réservés aux Blacks et d’autres aux Blancs…

 

Mais je m’éloigne du sujet : Memphis !

Ce premier retour en arrière, à l’époque de M.L. King et même bien avant, lors des luttes contre l’esclavage, plante le décor, nous sommes dans le Sud profond des USA.

 

Après le musée, ayant acheté un plan, nous avons pu trouver l’hôtel, le ciel se dégageait.

L’hôtel valait le détour. Juste en face Graceland, des photos sur tous les murs, des reproductions d’Elvis en carton, grandeur nature, une piscine en forme de guitare…le décor est à la gloire du King. Nous nous sommes retrouvées au cœur des années 50. La chambre aussi valait son pesant d’or. Des lits très hauts, des photos d’Elvis partout, une grande télé avec deux chaines consacrées aux films d’Elvis et des couvre-lits très…. Old-fashion, mais n’oublions pas nous sommes dans les années 50 donc c’est super tendance !!

Une fois n’est pas coutume, après les cafards de la nuit précédente, une guêpe, cette fois-ci, bien vivante nous a accueillies ! Si les Louisianais en ont très peur, les gens du Mississippi aussi, apparemment. Faut dire qu’elles sont bien deux fois plus grosses que les guêpes que l’on trouve en France. Ce fut…. charmant !

Nous n’allions pas rester dans cette chambre d’un autre âge pour notre première nuit à Memphis, berceau du Blues, ville de la musique ! Nous sommes donc ressorties explorer Beale Street, LA rue de Memphis, ses bars musicaux, celui qui accueille encore BB King et bien d’autres ; à voir de nuit, bien sûr, pour l’ambiance !

 

A ma grande surprise, j’y ai trouvé un bar appelé « Coyote Ugly » ! Ça vous rappelle quelque chose ?.... Nous n’avons malheureusement pas eu le temps d’y entrer mais selon le livre sur Memphis « la piste de danse y est très chaude ». Ma mère a trouvé cela un peu moins attrayant que le BB King club ! Après tout, nous étions là pour écouter du blues, du vrai !! Nous avons donc arpenté la rue et avons fait escale au BB King blues Club non sans avoir fait une provision de CDs, de Blues bien sûr !

Les tables du club étaient décorées avec des dessins représentant les grands artistes du Blues et du rock ; nous avons mangé sur une table avec Jerry Lee Lewis !! J’étais ravie ! Souvenez-vous vous l’avez déjà entendu dans « Top gun » !! (Oui, je sais…. Mais quand même !!)

Nous avons écouté des blues men chanter et jouer tout en mangeant et en sirotant une Margarita avec un serveur aussi gentil que beau !

 

Bref, après cette première journée de découverte plutôt historique et culturelle le programme du lendemain était axé sur la musique!

Au petit matin, pendant que nous nous préparions pour la journée une autre guêpe est venue nous dire bonjour ! J’ai connu plus agréable quand même ! M’enfin tant que c’est pas une araignée… Re petit déjeuner de gaufres et de muffins, Mmmm c’est bon !!

 

Le matin, visite de Graceland, Cadillac et vieille Buick au rendez-vous. Nous avons pris les billets et on nous a indiqué la file d’attente. Nous sommes donc retournées dehors, dans le froid. Des rampes de chauffage suspendues permettaient de nous réchauffer un peu. Je ne comprenais pas pourquoi il y avait un passage où tout le monde s’arrêtait dans la queue : ils nous prenaient en photos devant un trompe l’œil représentant la maison d’Elvis ! Un shuttle nous a amenées de l’autre côté de la rue pour nous faire entrer dans la propriété dont les murs de l’enceinte sont recouverts de petites inscriptions à l’intention d’Elvis. Grande maison, très grande ! Mais des pièces avec une décoration laissant à désirer, et dire qu’il avait fait appel à des décorateurs… Humm, années 50… n’oublions pas ! C’est vrai qu’il y en avait pour tous les goûts dans cette maison !

Nous avons pu observer ses différents costumes, les salles où il jouait au squatch, au billard, où il jouait du piano, les enclos où résident encore des chevaux, de nombreux disques d’or et bien sûr, l’endroit où son frère, sa mère, son père, sa grand mère et lui reposent !

Un vrai culte dédié au King ! Mais j’ai été surprise, en dehors de Graceland qui comprend sa maison, ses avions, le musée de ses voitures, il n’y a pas beaucoup d’autres endroits où l’on parle d’Elvis dans Memphis.

Je m’attendais à voir écrit partout, « Elvis venait boire dans ce café », « Elvis venait danser ici », « Elvis est venu prendre de l’essence ici » et je ne sais quoi d’autres encore mais rien, même pas un sosie pour nous accueillir quelque part, ils doivent tous être à Vegas !

Quand nous sommes revenues au point de départ, encore une file d’attente !! Mais ce coup-ci pour récupérer les photos prisent à l’arrivée ! Deux grandes photos, une pochette décorée de Graceland pour servir de cadre, quatre petites photos et un petit cadre aimanté ! La notre trône fièrement sur le frigo maintenant, nous ne sommes pas aux USA pour rien !

 

Bref, reprenons notre visite. Après Graceland, étant un peu serrées niveau timing, nous avons filé au Sun Studio, là où Elvis a enregistré ses premiers disques.

Là encore, nous sommes restées aux années 50. A l’entrée, il y a un petit café avec un jukebox, des banquettes comme dans Grease et une radio qui ressemble à une antiquité pour nous.

Sam Philips a crée le Sun Studio en écrivant comme logo : « On enregistre tout, partout, pour tous ! » Il était loin de se douter qu’un jour un ado pousserait sa porte et deviendrait « the king » ! Mais il n’y a pas eu qu’Elvis, des grands noms du Blues sont passés par ce studio ! Nous avons pu aller dans la salle d’enregistrement où ont été faits les premiers disques de ces illustres personnages ! Je me suis même tenue sans le savoir (la fille qui faisait la visite l’a dit après) là où tous ces chanteurs ont débuté et chanté ; j’ai même tenu leur micro qui était l’original, le seul, l’unique !!

Enfin, après tout ça, il commençait à faire faim et « sec en dedans » comme disent les cajuns, nous sommes retournées sur Beale Street, manger un Hot dog accompagné d’un coca. Ben oui ! quand même, on a beau avoir remonté le temps, on reste aux USA. Et comme nous ne pouvions pas cuisiner, nous avons mangé local !

 

Continuons notre visite ! Le Rock N’ Soul Museum était la suite logique du programme. Encore Elvis, encore tous ces monuments de la Soul, du Blues et du Rock N’ Roll assaisonnés des costumes, de Cadillacs et d’histoires. Car oui, ces notes que nous pouvons entendre viennent des esclaves noirs qui chantaient durant leur dur labeur pour apaiser leurs harassantes journées de travail ; elles ont été reprises par beaucoup et déviées. Du Gospel a dérivé le Blues, la Soul puis le Rock. Un grand absent toutefois, je ne me l’explique pas et cela me chagrine car on ne peut parler de la Soul ou du Blues sans mentionner Ray Charles qui pourtant n’apparaît à aucun moment dans le musée à mon grand regret !

 

Bref, on sortant du musée, la tête farcie de nouvelles connaissances et de musique, je souhaitais aller le long du Mississippi (le fleuve) pour voir à quoi ressemblait Mud Island (l’île de la boue). Memphis a été construite sur le bord du fleuve qui marque la frontière entre le Tennessee et l’Arkansas. Ce fleuve n’arrête pas de bouger, d’évoluer et de modifier son tracé. Au cours des nombreuses inondations, il a laissé une ile de boue au milieu de son cours.

Pour la petite histoire j’étais surnommée « the Mud Witch » (la sorcière de la boue) par une vieille amie anglaise. Je ne pouvais m’empêcher de lui faire un clin d’œil en prenant une photo de l’île. Nous avons donc regardé le coucher du soleil sur le Mississippi et sur Mud Island. J’en ai gardé de très belles photos ! Il faisait toujours aussi froid mais à grand renfort de pull et de gants, c’était jouable !

Nous sommes retournées sur Beale Street pour manger ce qu’ils appellent un Bar-B-Que, au Blues City Cafe. Ceux qui me connaissent bien savent que je ne mange pas des quantités astronomiques de viande. J’ai donc pu compenser avec une assiette plutôt conséquente remplie d’une énorme pièce de plat de côte de porc. J’ai pu ainsi faire une cure de viande… et de sucre aromatisé à la sauce Bar-B-Que qui nappait le tout, sans oublier les frites, cela va de soi ! Je crois n’avoir jamais vu d’assiette aussi grosse de ma vie et c’est la première fois que je paraissais petite à coté d’une assiette (si ! si ! j’ai des preuves !!)

 

Après cette restauration, nous sommes retournées sagement à l’hôtel pour digérer et prendre des forces pour le lendemain.

Car oui le temps pressait, si nous avions pu faire tout ce que nous voulions à Memphis (après une dure sélection, il y a tellement d’autres choses à voir !) il nous restait à voir Nashville qui est tout aussi riche que Memphis. Nous étions déjà dimanche et nous voulions rentrer sur Lafayette le mardi. Cela ne laissait que lundi à Nashville….

 

Donc lundi matin, nous avons essayé de partir tôt, nous sommes retournées faire quelques photos manquantes dans le centre de Memphis, nous sommes passées devant la pyramide construite pour les 100 ans de la ville, avec une statue de Ramsès le Grand. Pour la petite histoire, il y a une ville en Egypte qui s’appelle aussi Memphis, c’était d’ailleurs l’ancienne capitale du pays. Celle aux Etats-Unis s’est appelée de la même façon pour rendre hommage à celle d’Egypte aussi construire sur un fleuve, le Nil.

 

En route pour Nashville ! Ce coup-ci, nous avons pris une voie rapide, celle qui relie directement Memphis à Nashville.

Une chose m’a frappée juste à la sortie de Memphis. Un panneau obligeant les passagers de la voie de gauche à être minimum deux par véhicule du lundi au vendredi entre 16h et 18h. Et vu le nombre de policiers que l’on a croisé sur la route, je pense qu’il leur arrive de contrôler ! Apparemment le co-voiturage est de mise aussi aux USA !

 

Bref, nous avons donc emprunté la « Musical Highway », traversé la Tennessee River et suivi les panneaux nous indiquant les lieux des batailles de la guerre de sécession. 3h après, nous étions à Nashville.

 

Ah oui ! une chose curieuse ! En Louisiane, l’achat d’alcool est très mal vu, mais dès que l’on a eu passé la frontière avec le Mississippi on a vu partout des petites boutiques qui vendaient de l’alcool, liqueur, vin, whiskey,… et détail plus marquant, dans le Tennessee, nos chers Américains si prudes ont des sex-shop partout le long de l’autoroute entre Memphis et Nashville… Je n’ai pas vu ça en Louisiane. Sauf que, attention, on ne doit pas parler de sexe n’est-ce pas ! Ils appellent ça « Adult Gifts ». Oui, c’est sûr je me vois bien offrir ce genre de cadeaux à Noel !

 

Donc arrivée en beauté sur Nashville, de grands et magnifiques buildings, des routes bien indiquées contrairement à Memphis où franchement les panneaux, en périphérie, ne sont pas leur principale préoccupation et l’architecture des maisons ne ressemble en rien à ce que j’ai pu voir en Louisiane.

 

Après la pauvreté de Memphis, nous découvrions Nashville, la belle ! Si la population Black à Memphis est sans conteste très importante, il fallait la chercher à Nashville. Mais ce n’est pas la seule différence. Si Memphis est le berceau du Blues, Nashville est celui de la Country ! Et oui, chapeau de cowboy et santiag de rigueur !

Nous avons garé la voiture dans le centre et sommes parties en expédition. Nous avons vu Broadway Avenue. Cette rue est à Nashville ce que Beale Street est à Memphis. Sauf qu’en plus il y a des boutiques de bottes et chapeaux de cowboy !

Après un petit tour rapide à l’office de tourisme, nous sommes allées manger chez Jacks Bar-B-Que. L’endroit incontournable pour manger à Nashville. Effectivement, on a été accueilli par Jack en personne et son chapeau de cowboy, déco western ; lasso, selle western, …

Nous avons mangé de la viande grillée bien sûr mais avec du pain pour hamburger, cela va de soi !

Nous sommes reparties pour visiter le « Country Music Hall of Fame Museum» (rien que ça) ! Ce musée raconte l’histoire de la musique Country qui reprend les airs chantés dans les plantations et les fermes mais avec une bonne dose de musique irlandaise et écossaise. Eh oui ! Les Américains viennent d’Europe quand même !

Voilà, encore de l’histoire, encore des Cadillac, des lassos, des bottes et chapeaux de cowboys, costumes bariolés et musique Country. Nous avons retrouvé des noms connus comme Elvis, et d’autres encore que nous avions vu à Memphis. Et là, on s’aperçoit qu’en fait, tous ces genres de musique ont les mêmes influences, ils se sont inspirés les uns des autres pour créer leur propre style. Tous parlent de douleurs, d’amour, d’espérance,…

Ce qui est remarquable dans ce musée, c’est qu’il est plein de petits signes et détails qui font référence à diverses choses autour de la musique et de ces influences ; la surface du bâtiment représente le clavier d’un piano ; sur le côté, il y a une tour qui représente les silos de céréales que l’on trouve dans les fermes, au sommet de cette tour quatre ronds représentent l’évolution du disque (le 78 tours, le vinyl, le 45 tours et le compact disque), …

 

En sortant, nous sommes passées devant d’immenses camions customisés avec des photos d’hommes dévêtus, très musclés. Humm… après les sex-shops croisés sur la route, je me suis dis que peut-être un spectacle de Chippendales était prévu. Mais autant de camions pour ça…

Ma seconde hypothèse a été vérifiée quand des Blacks (oui ! on en a enfin trouvé !) ont voulu nous vendre des billets pour …. un show de catch ! Moins intéressant quand même….

 

De toute façon, nous voulions explorer le centre ville, faire des emplettes et écouter de la Country ! Nous nous sommes donc baladées dans Broadway Ave, en rentrant dans les magasins pour nous réchauffer. Après avoir acheté des souvenirs, un chapeau de cowboy et parlé avec un gentil commerçant qui nous a fait surligner les villes d’où nous venions dans une sorte d’atlas, nous sommes allées dans une rue perpendiculaire à Broadway Ave ; 2nd Avenue. J’ai encore trouvé un « Coyote Ugly », décidément c’est une institution !

La nuit tombait et il faisait vraiment très froid, nous avons fait halte au Hard Rock Café pour boire un chocolat chaud. Pas facile de trouver un endroit où l’on sert ce genre de boisson au pays des cowboys ! Bref, nous avons mangé là, en préparant notre retour sur Lafayette, le lendemain.

En passant par l’autoroute, il y avait 10h de route. Cela dit, nous avions vu plusieurs fois des panneaux indiquant la « Natchez Trace ». C’est une ancienne piste tracée par les bisons puis les indiens pour relier Natchez à Nashville en traçant une diagonale à travers tout l’état du Mississippi, coupant un petit coin de l’Alabama et finissant dans le Tennessee. Même si la piste est goudronnée maintenant, ça reste une petite route, ce serait beaucoup plus long que 10h.

Tant pis, nous ne pouvions pas louper ça, nous passerons la nuit à Natchez ou à Jackson (autre grande ville que nous allions traversée avant d’arriver à Natchez).

Il faut préciser que la piste, longue de 444 miles ne traverse que très peu des villes. Il y a Tupelo, ville où est né Elvis, à 120 miles environ de Nashville, c’est à peu près tout. Nous nous sommes bien sûr arrêtées pour aller voir la maison natale du King. Après Tupelo, plus rien jusqu'à Jackson, ensuite plus rien jusqu’à Natchez. Fallait pas rater son coup et prendre ses précautions niveau essence, boissons, ravitaillement…

 

Donc ok, c’est décidé, on rentre par la Natchez Trace ! Mais il nous restait une soirée à passer à Nashville, autant en profiter !! Seulement gros problème : déjà nous étions lundi soir ensuite match de catch faisant concurrence, les bars étaient déserts, les rues aussi !

Nous avons enfin trouvé un bar, « The Stage » avec un orchestre de musique Country ! Enfin tout était country, le bar, les murs, la déco, les gens…. J’étais la seule à ne pas porter de jean ! Mais j’avais le chapeau de cowboy !!

Nous sommes restées là un bon moment, le groupe était sympa, le chanteur aussi…. En plus d’être super mignon, il avait une très belle voix ! Ce qui est un avantage non négligeable pour chanter ! Nous étions vraiment en Amérique, en Amérique profonde dans toute sa splendeur ; j’avais l’impression d’être dans le film « L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux » ! Mais avec un Robert Redford beaucoup plus jeune en face de moi !! Chansons Country et danseurs en chemise à carreaux… tout y était !

 

Bref, c’est pas tout ça mais il nous fallait trouver un hôtel et si possible par trop loin de la route qu’on devait prendre pour retrouver la Natchez Trace ! On l’a trouvé après avoir visité à un peu à l’improviste certains quartiers de la ville… Mais on a trouvé, Trop fortes !

 

Une bonne nuit de sommeil, le chauffage à fond : réveil en sueur et les couvertures en vrac ! Ma mère se lève, je lui demande l’heure : 6 heures. Mince il va falloir se lever ! J’essaie de grappiller quelques minutes, même si je sais que vu la route que l’on doit parcourir, il faut partir le plus tôt possible. Eh oui ! il faut se lever, je vais prendre ma douche, je m’habille, commence à ranger les affaires et j’entends ma mère faire ce bruit si caractéristique qu’elle fait quand elle vient de faire une boulette !

  • Quoi ?
  • J’ai fait une bêtise !
  • ?

Elle me tend sa montre ! Curieusement la petite aiguille était en fait sur le 5 au lieu d’être sur le 6 comme elle aurait dû l’être !! Au moins, pour le coup, nous partirons de bonne heure ! Nous avons attendu 6h que le buffet du petit déj ouvre ; encore des gaufres au sirop d’érable ! Hmmm….

J’ai fait une provision de Muffins ne sachant pas où nous pourrions trouver de quoi manger sur la route et en avant ! Nous sommes finalement parties à 7h du matin.

Nous avons pu faire le plein d’essence à l’entrée de la Trace, nous avions de l’eau, du coca, à manger. Nous étions parées, nous pouvions commencer l’expédition ! Nous avons passé le pont marquant le début de la Natchez Trace et en route pour 444 miles sur la piste des indiens.

 

Elle fut donc d’abord tracée par les bisons, puis les indiens. Le service postal s’en est ensuite servi puis elle fut empruntée par les commerçants car elle était la voie la plus directe pour aller vers le Tennessee et le Nord. Les marchandises de la Nouvelle-Orléans passaient par cette route. De nombreuses personnes de l’Ohio descendaient le Mississippi en bateau jusqu’à Natchez, vendaient leur bateau et remontaient par la Trace. Ensuite elle a été le théâtre de nombreux combats durant la guerre de Sécession. Les bandits s’y cachaient pour piller les commerçants et les voyageurs. Elle fut donc abandonnée peu à peu, les commerçants préférant acheminer leurs marchandises par bateau en remontant le Mississippi.

 

Nous nous sommes donc engagées sur la Trace et j’ai pu constater à ma grande surprise que les américains savent faire des routes avec des virages !! Oh splendeur ! Vous n’imaginez pas la beauté de cette route qui s’étendait en serpentant gentiment devant nous entre les flancs de douces collines. Un régal pour les yeux, un régal pour la conduite, personne hormis nous, de temps en temps, une autre voiture. J’imaginais le plaisir que j’aurais pu ressentir en conduisant ma petite Clio sur cette magnifique route ! J’en ai pris en conduisant la voiture de ma mère mais quand même ça reste une boite automatique…

Nous avons aperçu des grandes propriétés et d’immenses ranchs !

 

Aujourd’hui, de nombreux sites historiques, d’attractions et points de vue naturels agrémentent la route. En effet, il n’y a pas moins de 2100 espèces de plantes et d’arbres différents dont certaines espèces protégées.

 

Cette piste nous a ramenées au temps de la « petite maison dans la prairie », des indiens et des pionniers, des explorateurs européens qui ont découvert ces territoires. Nous avons pu revivre certaines batailles de la guerre de sécession.

Malgré la route goudronnée et le fait que nous sachions que le paysage avait certainement été remodelé, la découverte de cette immensité presque inhabitée était quelque chose d’extraordinaire.

 

Nous nous sommes arrêtées de nombreuses fois pour admirer le paysage, voir certaines de ces aires de repos et prendre des informations.

Nous avons ainsi découvert un petit village, Collinwood. Le village typique de l’Amérique profonde, maisons en bois, bien rangées, drapeau américain, comme on voit dans les films, quoi ! Au centre d’informations touristiques, deux charmantes mamies Américaines nous ont proposé un café, pas très bon forcément, mais avec un réveil à 5h du matin, il était quand même très bienvenu ! Nous avons pu observer des fossiles, de l’artisanat telles des couvertures en Patchwork, il y en a plein en Louisiane aussi. Après avoir fait un brin de causette avec nos charmantes mamies, nous avons repris la route, revigorées par l’air frais et le café!

 

Ensuite après quelques autres pauses, après avoir traversé un petit coin au Nord–Ouest de l’Alabama, après s’être arrêtées au bord de la Tennessee River et enfin être arrivées dans le Mississippi, nous avons fait un arrêt à Tupelo pour voir la maison d’Elvis, se dégourdir les jambes. Nous voulions profiter d’être en ville pour acheter quelque chose à manger et faire le plein d’essence ! Ce fut un Burger King, mais l’heure ayant commencé à tourner, il fut quand même très apprécié !

 

Ce que j’ai pu noter c’est que les Américains ne sont absolument pas doués pour le tourisme. J’ai repéré sur la carte un village d’indien Chickasaw, je m’attendais à trouver des tipis, une reconstitution de village comme on peut trouver des villages Gaulois en France. Et ben non ! Quelle déception quand nous y avons trouvé seulement un panneau avec une photo de ce que devait être le village…. Pfff quel dommage !

 

Nous avons ensuite aperçu un panneau portant l’inscription « French camp » et aussi « french café » ! L’occasion était trop belle ! Du café, du vrai peut-être !!

Mais non, c’était bien un camp qui avait été français mais qui n’hébergeait maintenant que des Américains et des purs et durs. Vu la beauté de l’endroit, le reste importait peu. De ravissantes maisons en bois, reliées par des passerelles, entourées de terrasses remplies de rocking-chairs et de chaises à bascule. Nous avons à nouveau pu admirer de l’artisanat, mais ce coup-ci, du Mississippi, du Patchwork et autres bijoux indiens. La dame qui tenait les lieux était très accueillante, comme la plupart des américains il faut le reconnaitre, nous avons bavardé un peu. Voyant que le café était fermé, elle a gentiment proposé de nous en faire. Pas très bon non plus et surtout dans une tasse immense ! Mais bon on en avait bien besoin quand même !

La température commençait à bien remonter comme nous allions vers le Sud, mais le jour déclinait, il nous fallait reprendre des forces. Cette dame nous a déconseillé de nous arrêter à Jackson ; selon elle, la criminalité étant trop élevée et il valait mieux s’arrêter juste après.

Nous décidâmes d’aller jusqu'à Natchez.

 

Tout au long de la route nous avons pu apercevoir des dindes sauvages et d’élevage, des pintades, des opossums… C’était un spectacle ravissant mais très loin de ce qui nous attendait sur la fin de la route. Nous avons vu le coucher du soleil sur un immense lac au Nord de Jackson, c’était fabuleux ! Nous avons aussi vu un gros daim, énorme, magnifique, qui a hésité avant de traverser juste devant nous ! Nous ne nous doutions de ce qui allait nous arriver ensuite !

Il est vrai que depuis le début de la traversée, nous espérions croiser des animaux un peu plus grands que des dindes ou des pintades. Et comme nous aurions pu le prévoir, c’est au crépuscule que les grands animaux sortent du bois…

Les éclats de joie après la vision majestueuse de ce daim, disparurent soudainement quand nous nous aperçûmes qu’il y avait des biches et autres cervidés par dizaines le long de la route !

Ils étaient magnifiques, certes. Mais vraiment au bord de la route ! J’en ai déjà vu beaucoup à Chamonix mais là ça dépassait tout ce que je pouvais imaginer ! Nous en avons vu une bonne soixantaine et je ne compte pas les formes aperçues dans l’ombre et qui pouvaient très bien en être, ou être encore autre chose !

Un renard ou un coyote s’est jeté sous la voiture… heureusement pas de secousse inhabituelle, nous l’avons évité !

Voyant que les biches étaient beaucoup moins stressées que nous, qu’elles restaient paisiblement à paître sur le bord de la route, j’ai commencé à me détendre, jusqu’à ce qu’un gros opossum se trouve au milieu de la route et commence à tourner en rond, ébloui par les phares ! Toujours pas de secousse … Ouf !

Nous scrutions anxieuses le bord de la route, craignant qu’une bête ne surgisse de nulle part mais nous continuions d’être admiratives devant ces biches gracieuses qui nous regardaient passer. Nous n’avions pas l’air de trop les déranger, certaines partaient en courant, d’autres bougeaient juste une oreille. Je crois n’avoir jamais été aussi concentrée de ma vie sur une route, guettant les moindres mouvements ou les yeux qui brillaient dans la lumière des phares !

Nous avons croisé en tout et pour tout moins de dix voitures.

 

Nous sommes finalement arrivées à Natchez vers 20h, saines et sauves. Après environ 13h de route sur la magnifique Natchez Trace et nous avons passé le pont marquant la sortie de la piste.

 

Enfin, nous retrouvions la civilisation, la lumière, la vie ! Nous avons fait le plein d’essence mais nos émotions sur la route nous avaient coupé toute envie de manger. Je me suis affalée sur le siège de la voiture pensant que bientôt nous trouverions un motel pour dormir et nous reposer.

Ma mère a cherché la route pour Alexandria, n’étant pas fatiguée, elle voulait continuer. Tant pis pour le dodo, il faudrait remettre ça à plus tard (car pour ceux qui ne le savent pas je ne dors jamais en voiture). Nous nous sommes rappelées des routes que nous avions prises à l’aller et avons commencé à les chercher. Après une légère confusion entre l’Est et l’Ouest (hum-hum), nous avons retrouvé la route. Sauf que deux choix s’offraient à nous ! Aller vers l’Ouest et refaire la route de l’aller par Alexandria (à deux heures de route de Lafayette) ou passer par Bâton-Rouge (à une heure de route de Lafayette) par l’autoroute. Le destin décida pour nous, les routes n’étant pas très bien indiquées nous avons raté la sortie pour Alexandria, nous sommes parties droit sur Bâton-Rouge.

C’était en effet le choix le plus judicieux, le plus rapide et le plus sûr.

Nous avons donc continué la route jusqu’à la maison sans aucun autre épisode marquant. Les routes défoncées de Louisiane nous ont indiqué qu’on approchait de Bâton-rouge ainsi que des immondes usines et raffineries. Le pont qui enjambe notre cher bassin de l’Atchafalaya nous a accueillies, nous indiquant que nous nous rapprochions de Lafayette.

 

Nous sommes finalement arrivées à bon port vers 22h30, rompues de fatigue mais la tête pleine de souvenirs merveilleux, après environ 15h30 de route et 1300 miles (soit 2091 km et des poussières) au total !

Ce séjour restera à jamais gravé dans ma mémoire et mes yeux se remplissent encore d’étoiles à son souvenir !

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